Résilience : la comprendre et la développer dans un contexte de grand bouleversement

Benoit Bousquet, coach (certifié ICF) en Leadership de Soi chez Kōan Développement humain et expert d’EntreChefs PME


Cet article est une synthèse du webinaire EntreChefs PME du 16 mars 2022 animé par Benoit Bousquet. Accédez au webinaire en son intégralité sur notre chaîne YouTube.

Les dernières années ont mis à rude épreuve l’ensemble de notre société et les entrepreneur·e·s-chef∙fe∙s n’y ont pas échappé. Au contraire! Au cœur de la pandémie, seuls 47% des entrepreneur∙e∙s canadien∙ne∙s se disaient satisfait∙e∙s à l’égard de leur santé mentale et révélaient pour les 2/3 se sentir fatigué∙e∙s, déprimé∙e∙s ou ressentir le manque d’énergie au moins une fois par semaine. La résilience fait partie des forces qui permettent aux leaders de bien vivre avec les aléas du marché.  Elle est une compétence clé qu’il est essentiel d’apprivoiser et dont les composantes sont paradoxalement méconnues, alors qu’elle nous concerne tou∙te∙s.

Benoit Bousquet est coach (certifié ICF) en Leadership de Soi chez Kōan Développement humain et expert d’EntreChefs PME. Il est aussi un ex-entrepreneur, qui parle ouvertement de ses échecs et de comment il a dû lui-même faire preuve de résilience dans son parcours entrepreneurial.

« Avec le recul, je me suis rendu compte que le plus grand échec de ma vie a été l’un de mes plus magnifiques cadeaux. »

Il se consacre aujourd’hui à partager ses enseignements avec d’autres entrepreneur∙e∙s en quête d’un Leadership de Soi plus fort et à supporter les chef∙fe∙s d’entreprise vers une vie plus cohérente et plus authentique. Il aborde dans cet article la notion de résilience et de comment elle se bâtit, notamment pour les entrepreneur∙e∙s-chef∙fe∙s :

Qu’est-ce que la résilience ?

Benoit propose 2 définitions qui invitent à considérer la résilience sous deux angles distincts :

  • L’écologie : « La résilience est la capacité d’un écosystème à se rétablir après une perturbation extérieure (Incendie, tempête, défrichement, etc.). »  
  • La psychologie : « La résilience est l’aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques ».

Ces définitions sont complémentaires :  l’une indique que la résilience est une aptitude qui se développe et se construit. L’autre place l’humain dans un écosystème. Il est difficile d’être résilient∙e sur la durée quand son écosystème est en péril. Par exemple, un arbre pourra difficilement se rétablir dans une forêt qui est encore en feu. De même, il sera d’autant plus résistant et majestueux si la forêt qui l’entoure est en santé. Un individu ne peut pas être plus résilient que son écosystème.  Comprendre cette interconnexion amène beaucoup d’humilité dans les succès (« je réussis grâce à mon travail et à mes qualités personnelles, mais aussi parce que je suis bien entouré∙e – par mes collègues, mon ou ma conjoint∙e, mes ami·e·s, mon club – et que j’évolue dans un environnement favorable. »). C’est également très libérateur dans les situations d’échec où l’on pourrait facilement se laisser submerger par la culpabilité (« J’essaie de garder le nez au-dessus de l’eau, mais ce n’est pas de ma faute si mon environnement est défavorable ou que la conjoncture est insurmontable. ») Bâtir sa résilience, c’est donc aussi développer la résilience de son organisation et de son écosystème. 

Cet arbre avait rédigé un beau plan d’affaires, puis une pandémie est survenue.
Crédit : Benoit Bousquet
Légende : « Cet arbre avait rédigé un beau plan d’affaires, puis une pandémie est survenue. »

De plus, il est important de noter que se rétablir signifie continuer à vivre et s’adapter et non revenir à l’état précédent.

Suis-je résilient∙e?

Voilà 4 axes pour aider à déterminer sa capacité à faire face à des imprévus ou une crise majeure :

  1. Quelles sont les ressources à ma disposition?
  2. Quel est mon état d’esprit?
  3. Quel est le sens que je donne à l’épreuve qui se présente?
  4. La puissance de l’autocompassion

1. Quelles sont les ressources à ma disposition?

Chaque individu dispose de ressources internes et externes qui peuvent l’aider à faire preuve de résilience.

Faites-en l’exercice!

Pour chaque type de ressources (individuelles, organisationnelles et externes), déterminez quelles sont les deux ressources sur lesquelles vous pourriez compter dès maintenant pour faire face à une épreuve. De même, identifiez deux ressources que vous souhaiteriez améliorer.

2. Quel est mon état d’esprit?

La posture mentale change les lunettes avec lesquelles on regarde la vie. Décider sur quoi on met le focus fait toute la différence, car « ce sur quoi je mets le focus devient ma réalité ». 

Cette notion simple, mais puissante, est difficile à intégrer au quotidien. En prenant conscience de nos filtres perceptuels, on réalise d’énormes économies d’énergie qu’on dépense inconsciemment quand on se concentre sur le futur plutôt que sur le passé, sur ce qu’on a le pouvoir de contrôler vs ce qui n’est pas de notre ressort.

On devient souvent entrepreneur∙e, car on aime être en contrôle. De même, en perdant ce contrôle, bien des entrepreneur∙e∙s se retrouvent grandement déstabilisé∙e∙s dans leur identité. Benoit conseille de trouver « sa zone de contrôle ». Posons-nous la question : « Quelle est la seule action que j’ai à poser maintenant? » Si on n’a pas de visibilité sur 3 mois, on change son focus sur la fin de la semaine. Si on a l’impression d’être submergé∙e par un trop grand nombre de tâches à accomplir, on examine sa to-do list en se donnant comme objectif d’accomplir une seule de ces tâches. Puis, une autre. Puis, une autre.

L’entrepreneur∙e est très similaire à un athlète de haut niveau : tout∙e sportif∙ve professionnel∙le sait qu’il est impossible de dépenser quotidiennement d’énormes quantités d’énergie sans prévoir des moments de récupération. Cet état d’esprit gagnerait à être plus répandu en entrepreneuriat. Rétablir ses ressources individuelles, prendre soin de soi et de son corps, devrait faire partie de l’entraînement régulier de l’entrepreneur∙e. En période de crise, il est d’autant plus important de trouver des créneaux pour faire une séance de sport, passer du temps en famille ou voir ses ami·e·s, pour recharger ses batteries et tenir sur la longueur.

Faites-en l’exercice!

L’adrénaline et le cortisol sont des hormones sécrétées par l’humain en situation de stress pour le préparer au combat ou à la fuite en cas de danger. Le stress crée dans le cerveau un état d’urgence qui le rend moins ouvert aux nouvelles idées, qui garde sur le qui-vive, mais qui prévient les moments de repos. Diminuer son stress, c’est aussi un entraînement!  

Nous vous invitons à développer des routines de relaxation grâce à la respiration en boîte ou box breathing :

  • Inspirez 4 secondes; 
  • Retenez votre souffle 4 secondes; 
  • Expirez 4 secondes; 
  • Fermez les yeux et recommencez le cycle.  
  • Détendez vos muscles (vos abdominaux, vos trapèzes) en recommençant le cycle, et ainsi de suite, pendant 1 à 3 minutes 

L’effort est fortement valorisé dans notre société et les messages tels que « no pain, no gain », «life is short», « work hard, play hard » sont devenus monnaie courante. Dans notre culture, et c’est encore plus vrai pour l’entrepreneur∙e, abandonner est une honte. La société voit systématiquement l’abandon comme une décision négative. Mais abandonner n’est pas forcément synonyme d’échec. C’est aussi une forme de résilience, une façon de continuer différemment. On doit se poser la question : « Qu’est-ce que j’abandonne en persévérant? » Persévérer dans son entreprise peut aussi amener à abandonner l’humain en nous qui a besoin de repos et de ressources. Les sacrifices que l’on fait, les pans de notre vie qu’on abandonne en persévérant (une partie de sa retraite, la vie de famille, les relations sociales, sa santé, etc.) en valent-ils la peine?  Doit-on donner toute la place à l’entrepreneur∙e en oubliant l’humain? 

De plus en plus d’entrepreneur∙e∙s font le choix de se débarrasser de ces croyances limitantes en travaillant à détacher leur identité de leur entreprise et/ou en faisant le choix de la décroissance pour réduire le nombre d’heures travaillées et retrouver la motivation d’avancer.

3. Quel est le sens que je donne à l’épreuve qui se présente?  S’appuyer sur la spiritualité.

Il est important de donner un sens aux émotions difficiles et de se réapproprier le droit de vivre ces émotions (et même de les vivre négativement!). Ces émotions sont utiles, car elles sont des signaux qui renseignent sur l’état de santé de l’humain. Elles doivent être écoutées puisqu’elles sont utiles et nécessaires.  

Benoit fait ensuite la distinction entre la permanence et l’impermanence : on dépense beaucoup d’énergie à se créer une illusion de permanence de notre environnement et on prend des décisions en lien avec cette illusion qui elles-mêmes nous donnent l’illusion du contrôle. Il faut accepter que les situations soient changeantes, que les réussites et les échecs soient conjoncturels, que les employés et les clients soient de passage.

4. La puissance de l’autocompassion

L’autocompassion c’est la capacité d’être tendre, compréhensif∙ve avec soi-même et de se parler comme si on était sa ou son propre meilleur∙e ami∙e. (En effet, en règle générale, personne ne nous critique autant que notre juge intérieur!). Traitons-nous en nous-mêmes avec bienveillance.

Faites-en l’exercice

Pour s’habituer à se traiter avec autocompassion, on peut se répéter ce mantra :  

« En ce moment c’est difficile, j’aimerais que les choses soient autrement, mais pour l’instant, c’est comme ça. J’ai le droit d’être imparfait∙e. Je n’ai pas à être le ou la plus fort∙e. Je n’ai pas à tout savoir et à tout contrôler. Je me souhaite et je mérite la santé physique. Je me souhaite et je mérite la santé mentale. Je me souhaite et je mérite la paix intérieure. Je me souhaite et je mérite le repos et la détente. Je suis un∙e humain∙e imparfait∙e et c’est parfait ainsi. »