RAMO : réparer et embellir le monde avec des plantes

Francis Allard, fondateur de Ramo


Ramo est une entreprise québécoise spécialisée en technologies végétales, dont les fondations s’appuient sur la culture de saules à croissance rapide. Son expertise s’étend de l’irrigation à l’agriculture, à la biologie et au traitement des eaux usées.  Voici donc un portrait fascinant de l’histoire, des défis et de l’ascension fulgurante de cette entreprise menée et fondée avec passion par Francis Allard, qui a su transformer l’utopie en réalité.

Les débuts en affaires

Francis a réalisé des études en génie à l’Université. Il était alors bien loin de se douter qu’il reprendrait un jour la ferme familiale. C’est lors de ses stages au sein de grandes compagnies peu préoccupées par l’environnement que ce dernier commence à s’intéresser aux technologies vertes. « J’ai vu qu’il y avait des opportunités à saisir. C’est pour ça qu’en 2006, j’ai décidé de me lancer dans la production de biomasse », affirme-t-il. En compagnie de son père, il plante des saules sur les ¾ du terrain de la ferme familiale, sachant que cet arbre pousse rapidement. À ce moment, rien ne peut lui garantir que son pari sera le bon. « On n’a pas attendu que tous les critères de succès soient réunis. Les arbres prennent quatre ans pour pousser, j’avoue qu’on a agi de façon plutôt kamikaze », mentionne celui qui carbure aux défis.

Le moment semble justement parfaitement bien choisi. Le monde est engouffré dans une crise énergétique qui favorise les technologies vertes. Le baril de pétrole atteint les 150 $. La course aux alternatives énergétiques est lancée, et la biomasse en fait partie. Cependant, en 2008, la crise financière frappe et le prix des énergies fossiles chute. La fenêtre d’opportunité pour la biomasse se referme d’un coup.

Le pivot

RAMO : réparer et embellir le monde avec des plantes

Pour beaucoup d’entreprises, ce revirement de situation aurait bien pu sonner la fin. Francis n’abandonne pas et décide de partir vers l’Europe, en quête d’inspiration. C’est à ce moment qu’il voit des écrans verts au Danemark. « Je me suis dit : si ça fonctionne déjà en Scandinavie, pourquoi pas au Québec ? », affirme-t-il. C’est ce qui l’a mené à fabriquer un produit de niche : des murs végétalisés comme alternative au béton et au métal. Ils servent à réduire le son ou la pollution visuelle d’une façon esthétiquement beaucoup plus intéressante. « Le but n’était pas de réinventer la roue, mais de voir ce qui se fait ailleurs, le développer et l’améliorer en y greffant mon expertise », ajoute l’entrepreneur.

L’art de transformer les obstacles en opportunités

De retour au Québec, Francis est déterminé à créer sa chance. Lorsqu’il constate une problématique au quai de déchargement d’une épicerie de Sainte-Julie, il appelle le propriétaire sur le champ pour lui proposer ses produits. « La première vente demeure toujours la plus difficile. Il ne faut pas avoir peur de prendre le téléphone », conseille l’entrepreneur. Justement, après cette première vente, les choses se sont enchaînées. D’autre part, la matière première de l’entreprise, les saules, détiennent les défauts de leurs qualités. Ces arbres poussent rapidement, en revanche ils ont besoin d’énormément d’eau. C’est donc tout un défi d’irrigation, qui aurait bien pu limiter la capacité de production de Ramo. C’est ainsi que germe l’idée de planter les arbres sur des sites d’enfouissement, des lieux dévalorisés qui n’ont aucune valeur ajoutée pour l’environnement, bien au contraire. Cependant, ils contiennent tellement de nutriments et d’eau qu’ils peuvent faire pousser une forêt de saules plus rapidement. De plus, les sols, l’air et l’eau sont revalorisés grâce aux arbres, qui se sont nourris des polluants pour relâcher une eau purifiée et un air sans carbone ni CO2. Pour en arriver à cette solution, RAMO a collaboré avec des chercheurs universitaires, une ressource que plusieurs autres entreprises auraient avantage à exploiter. De plus, pour nourrir ses connaissances entrepreneuriales et son réseau de contacts, Francis est notamment membre d’un club EntreChefs PME depuis cinq ans. Cette implication lui permet d’accéder à des outils pertinents et un riche partage d’expériences de la part d’autres entrepreneur∙e∙s.

Des employé·e·s attiré·e·s par la mission

Pénurie de main-d’œuvre ? Cette expression n’existe pas chez Ramo, qui reçoit des candidatures à la tonne, si bien que son problème est de devoir faire des choix crève-cœur parmi celles-ci. Cette abondance se justifie entre autres par la mission de l’entreprise.  La plupart des gens veulent avoir un impact, c’est ce que l’on voit dans tous les quarts de métier, que ce soit sur la ferme ou comme ingénieur∙e. Ils cherchent à donner un sens au temps qu’ils et elles consacrent au travail dans leur vie. En ce sens, Ramo tient à rester à la hauteur de sa marque employeur. Les dirigeants viennent d’ailleurs d’investir dans des installations sportives et s’assurent que tous et toutes éprouvent du plaisir à travailler. Le taux de roulement très bas de la compagnie semble bien indiquer qu’effectivement, les employé∙e∙s y sont épanoui∙e∙s.

Les technologies vertes au cœur de notre vie

RAMO : réparer et embellir le monde avec des plantes

Francis aimerait qu’agir comme entrepreneur en développement durable devienne normal, et non « fantastique ». « Si les entrepreneur∙e∙s mettent à profit toute leur force créative, leur capacité à assembler des ressources financières, à mobiliser gens et collectivités, à engendrer de la richesse vers des projets de développement durable, on peut initier des changements hallucinants », mentionne-t-il avec espoir et enthousiasme. « Si mon histoire peut convaincre vingt personnes, c’est déjà ça. L’utopie deviendra le standard de demain. Ce ne sont pas les opportunités qui manquent. Il y a tant de produits qui peuvent être créés dans la même logique, de façon à améliorer le sort de la planète. Ceux qui voient la vague arriver et prennent des décisions éclairées seront les grands gagnants du futur. Les produits néfastes pour l’environnement ne seront plus tolérés », conclut l’entrepreneur toujours à la recherche de plus de sites dégradés pour y planter des saules!

Texte rédigé par Stéphanie Doucet

Diplômée en administration avec concentration en finance, passionnée par le monde des affaires et de l’entrepreneuriat. Stéphanie s’intéresse particulièrement aux histoires et aux personnes derrière les entreprises qui impactent la société.