Quand les chef∙fe∙s cédants savent se rendre dispensables

Il n’est pas toujours facile pour un·e entrepreneur·e de céder sa place à la relève. Il faut pourtant savoir quitter le terrain de jeu au bon moment pour assurer le succès du transfert d’entreprise. Richard Tessier de Tessier Récréo-parc s’est assuré de bien faire les choses pour que sa fille et son fils soient fins prêts à prendre la direction de l’entreprise.

Quant à Claude Fournier et Sylvain Parenteau de Sixpro, ils ont aussi eu la chance de prendre leur place aux côtés d’un cédant qui a su leur donner de l’espace, ce qui a facilité la transition. Témoignages.

Une relève à deux têtes chez Tessier Récréo-parc

Richard Tessier entouré de sa relève, sa fille Marie-France, pdg, et son fils, Charles-André, vice-président aux opérations chez Tessier Récréo-parc. 
Photo : Courtoisie


Richard Tessier s’est dit que la meilleure façon de préparer sa fille Marie-France à prendre la direction de l’entreprise familiale serait de l’avoir constamment à ses côtés. « Elle s’est installée dans mon bureau pendant trois ans, elle m’accompagnait lors des rendez-vous avec les clients. Elle a ainsi appris tous les rouages de l’entreprise », raconte celui qui a fondé Tessier en 1986.

Marie-France Tessier occupe le siège de présidente-directrice générale depuis 2019. Son frère Charles-André est quant à lui vice-président aux opérations.

« Les deux se complètent bien, affirme Richard Tessier. Marie-France, qui est diplômée de HEC Montréal, assume tout le côté gestion pendant que Charles-André est davantage sur le terrain. Il est un entrepreneur dans l’âme. Il a créé un nouveau département pour la construction des modules de jeux, une tâche que l’on sous-traitait auparavant, qui marche très bien. »

Se dire les vraies affaires

Il n’est pas rare qu’une relève familiale soulève bien des enjeux entre le cédant et les jeunes générations. Tessier n’y a pas échappé. Pour les régler, Richard Tessier a trouvé important de mettre en place un conseil de famille pour permettre à chacun d’exprimer leurs attentes comme leurs frustrations. Autour de la table, en plus de Richard, Marie-France et Charles-André, il y avait aussi Martine, leur mère et associée de l’entreprise.

« Cela nous a grandement aidés. Cela a permis de mettre tous les sujets sur la table. Pour moi, il était clair que les enfants devaient être à parts égales dans l’entreprise même s’ils avaient un parcours de formation et des rôles différents. Chacun a pu partager son point de vue sur cette question pour arriver à s’entendre », explique Richard Tessier.

Les Tessier ont poussé l’exercice encore plus loin en embauchant un consultant externe qui les a aidés à aller au fond des choses. Une démarche très forte en émotions, mais qui a conduit à une plus grande harmonie.

« On s’est dit les vraies affaires, ajoute-t-il. On a appris à encore mieux se connaître et à comprendre le rôle de chacun. Le secret, c’est de faire preuve de transparence, et ce, même si certains sujets sont plus confrontant que d’autres. »

Richard Tessier a quitté la gestion quotidienne des opérations de façon graduelle. Sa relève étant bien en selle, il est aujourd’hui très peu présent dans l’entreprise n’assistant qu’aux réunions du comité de gestion chaque trimestre.

Il est très serein face à sa décision de céder sa place. « J’avais fait le tour de l’entreprise que j’ai bâtie, c’est maintenant au tour des enfants de la modeler à leur image, dit-il. C’est aussi plus facile de tourner la page quand on a des projets. J’ai aujourd’hui envie de relever de nouveaux défis et surtout de réduire le rythme. Le mentorat, l’écriture d’un livre sur l’entrepreneuriat et le bénévolat font partie de mes projets actuels. »

Même s’il est retiré, il fait toujours partie d’un club EntreChefs PME. « Les membres ne veulent pas me laisser partir, lance-t-il en riant. Je partage mon expérience d’entrepreneur et je donne des conseils. C’est une autre façon de redonner au suivant. »

Claude Fournier et Sylvain Parenteau de Sixpro

Passer la main

C’est en 2017 que Claude Fournier et Sylvain Parenteau ont pris la relève de Richard Bourbeau à la tête de Sixpro. Les deux hommes connaissaient bien l’entreprise puisqu’ils y travaillaient depuis 16 et 18 ans respectivement (une troisième personne faisait partie de l’équipe de releveurs, mais elle a depuis cédé ses parts).

Claude Fournier, relève de Richard Bourbeau à la tête de Sixpro. 
Photo : Courtoisie


« Céder l’entreprise à ses bras droits, c’était la stratégie privilégiée de Richard. Pour lui, c’était une bonne façon de retenir ceux qu’il considérait comme ses meilleurs éléments et de les motiver à faire toujours mieux pour l’entreprise », explique Claude Fournier, qui occupe aujourd’hui le siège de président-directeur général de l’entreprise de Notre-Dame-du-Bon-Conseil.

Le processus de relève s’est véritablement enclenché en 2010 quand Richard Bourbeau a décidé de se retirer graduellement des opérations. À partir de cette date, Claude Fournier a assuré la direction générale après avoir occupé tour à tour les postes de directeur de production et de directeur des opérations. Le cédant lui a en même temps confié la direction du comité de gestion.

Sylvain Parenteau, relève de Richard Bourbeau à la tête de Sixpro. 
Photo : Courtoisie


Les futures relèves avaient ainsi bien en main la direction de la PME qui se spécialise dans le revêtement de surfaces de pièces métalliques pour diverses industries. « Richard ne venait chez Sixpro qu’un ou deux jours par semaine. On le mettait au courant des décisions importantes sur lesquelles il nous challengeait. Il fallait donc avoir un dossier bien étoffé », raconte Sylvain Parenteau, directeur des finances.

Avec le recul, les deux hommes considèrent que l’attitude du cédant a contribué au succès du transfert d’entreprise. « Le fait qu’il nous ait largement cédé le terrain a facilité les choses, estime Claude Fournier. On a eu la liberté de faire les choses à notre façon. »

Une dernière étape à franchir

Une fois la passation des pouvoirs à toute fin complétée, le temps était venu de parler du rachat de l’entreprise. Il y avait déjà plusieurs années que les deux hommes avaient intégré l’actionnariat, mais ils avaient des positions minoritaires. C’est lors d’un lunch d’affaires que Claude Fournier et Sylvain Parenteau ont exprimé leur désir de devenir propriétaires à part entière. « Richard a peut-être été pris un peu par surprise puisqu’il a mis un certain temps avant de nous répondre. Il a finalement acquiescé à notre demande, on a donc entamé les démarches pour procéder au transfert de propriété », relate Sylvain Parenteau.

Un processus qui s’est étalé sur près d’un an s’est alors enclenché. Il y avait plusieurs étapes à franchir : procéder à l’évaluation de la valeur marchande de l’entreprise, rencontrer les créanciers, négocier avec le cédant… La transaction s’est finalement conclue le 1er novembre 2017. « On était bien connus des institutions financières déjà liées à l’entreprise et des principaux clients, cela a grandement aidé. Ils nous ont rapidement accordé leur confiance », souligne Claude Fournier.

Le fait que ce dernier fasse partie d’un club EntreChefs PME est un autre élément qui a fait une différence. « J’étais au bon endroit pour discuter de points autant opérationnels que stratégiques, explique-t-il. Pendant les négociations avec Richard, c’était mon principal sujet de discussion avec les membres du club. Ils me challengeaient et me faisaient penser à des aspects auxquels je n’avais pas songé. Cela a permis de couvrir tous les angles. »

Texte rédigé par Sylvie Lemieux

Sylvie Lemieux s’y connaît en entrepreneuriat! Journaliste chevronnée dont les articles ont été publiés dans plusieurs publications dont Les Affaires, Sylvie s’intéresse à des sujets variés en lien avec le monde des affaires et l’innovation.

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