Histoires de relève

Les cas de relève se distinguent d’une entreprise à l’autre. Voici le parcours de trois repreneur∙se∙s, membres d’un club Relève EntreChefs PME, qui sont bien en selle ou en voie de reprendre le flambeau.

Steve Lavoie de Sinox, Valérie Rancourt-Grenier de LG Cloutier et Dominique Nadeau, Safari Condo témoignent de ce qui les a motivé∙e∙s à prendre la succession de leur entreprise, d’où ils en sont dans le long processus de transfert de responsabilités et des enseignements qu’il et elles en ont retirés.

Steve Lavoie, Groupe Sinox

De g. à dr. : Steve Lavoie, Gaston Lacasse, Sonia Bilodeau, Suzie Rousseau et Remi Gagné photographiés alors qu’ils venaient de recevoir le prix Grandes Distinctions Desjardins 20202 lors du Gala des Pléiades. 
Photo : Courtoisie

Suivre le plan

Au Groupe Sinox, fabricant d’équipements de transformation alimentaire en acier inoxydable, rien n’est laissé au hasard pour assurer le succès du transfert d’entreprise. « Le plan n’a jamais été écrit, mais on l’a toujours suivi », lance en riant Steve Lavoie, directeur général de l’entreprise de Saint-Anselme, en Chaudière-Appalaches, qui se spécialise dans la conception et la fabrication d’équipements de transformation alimentaire en acier inoxydable.  

Ce plan prévoyait notamment que lui et deux autres associé∙e∙s, Rémi Gagné et Suzie Rousseau, accèdent à l’actionnariat — ce qui fut fait en 2016 — dans le but de prendre la relève des propriétaires, Gaston Lacasse et sa femme Sonia Bilodeau. Ces dernier∙e∙s ont déjà fixé la date de leur départ, soit mars 2023. « Ils en ont fait l’annonce à l’ensemble de l’organisation, en toute transparence. Ils veulent avoir le temps de procéder au transfert de connaissances et permettre à la relève de prendre son envol », explique Steve Lavoie qui a pris la direction générale en mars dernier.  

« L’année 2022 en est une de transition pour Sinox que l’on veut positionner sur le marché de l’Ontario, poursuit-il. Gaston a donc conservé la direction des ventes pour se consacrer à temps plein au développement de ce nouveau marché. De là, la décision que je prenne la direction générale. » 

Une autre associée se joindra bientôt à eux, Véronique Pigeon, la femme de Steve Lajoie, qui succède à Sonia Bilodeau à l’administration. « C’est un peu comme si on calquait la recette des cédants pour être un couple en affaires », dit-il.

Plusieurs actionnaires, zéro chicane

La gestion à plusieurs têtes se passe plutôt bien chez Sinox qui compte 85 employé∙e∙s. « On a adopté la culture de gestion de Gaston et Sonia. Il règne une bonne entente au comité de direction. Dès le départ, ils nous ont fait participer à la prise de décision. Tout se passe bien même si la gestion d’une entreprise, ce n’est pas un long fleuve tranquille », reconnait Steve Lavoie. 

Les cédant∙e∙s ont offert aux employé∙e∙s qui le désiraient d’intégrer l’actionnariat, une décision que les nouveaux actionnaires appuient. « Il nous reste à évaluer tous les tenants et aboutissants, dit-il. Il y a des avantages, mais aussi des défis. C’est un sujet que j’ai abordé dans mon club de relève à EntreChefs PME. Des membres ont eu de bonnes expériences et d’autres, moins bonnes. Cela aide à la réflexion alors qu’on est en train de soupeser la question. » 

Pour Steve Lavoie, la communication et la transparence entre les cédant∙e∙s et leur relève sont les éléments clés pour assurer le succès de la transaction. « On sent qu’ils nous laissent de plus en plus de place, affirme-t-il. Ils ont aussi à cœur de prendre des décisions qui ne mettront pas l’organisation à risque. Leur plus grand désir, c’est que l’entreprise continue de prospérer. »

Valérie Rancourt-Grenier, LG Cloutier

Valérie Rancourt-Grenier entourée de ses frères, Sébastien (chandail bleu) et de Maxim succèdent à leur père à la tête de LG Grenier. 
Photo : Karrel Aubert

Une relève familiale à trois

Chez LG Cloutier, la relève se fera à trois. C’est Valérie Rancourt-Grenier et ses deux frères, Maxim et Sébastien, qui succèdent à leur père, Martin Grenier, à la tête de l’entreprise. Ce dernier l’avait acquis en 2007 avec deux associés qui ont depuis quitté le fabricant de pièces pour différents secteurs industriels de L’Islet, en Chaudière-Appalaches. 

Les trois jeunes relèves — ils sont tous dans la trentaine — ont accédé à l’actionnariat en 2019 et le transfert de propriété devrait être complété d’ici deux ou trois ans. « Mon père se retire graduellement des opérations. Il s’occupe encore de la gestion des ventes et des projets spéciaux comme la construction de notre nouvelle usine qui devrait ouvrir ses portes à l’été 2023 », explique Valérie Rancourt-Grenier, vice-présidente Ressources humaines et Marketing.  

Elle et ses frères prennent la direction d’une entreprise qui a le vent dans les voiles grâce à l’ajout de clients d’envergure dont Lion Électrique, le manufacturier de véhicules lourds à zéro émission. Une nouvelle usine dotée de technologies à la fine pointe permettra de poursuivre la croissance.

Un accompagnement utile

Pour assurer le succès de la démarche de transfert, le cédant et ses relèves se font accompagner par un consultant. C’est qu’il y a plusieurs étapes à franchir. « Le transfert des rôles est maintenant complété. On y est allé en fonction des intérêts et des forces de chacun. Maxim est à la direction générale et Sébastien est le vice-président des opérations. Actuellement, on procède au partage du savoir entre notre père et nous, ce qui se fait au quotidien », précise Valérie Rancourt-Grenier qui, en plus de profiter de l’expertise du consultant, a pu échanger avec les membres de son club de relève.  

« L’expérience des autres dirigeants m’a aidé à voir tout ce que ça veut dire prendre la relève d’une entreprise. Au début, on a tendance à marcher dans les traces du cédant, mais de plus en plus, on veut que l’entreprise soit à notre image. »   

Lors d’une relève à trois têtes, une bonne communication est essentielle. Conseil d’administration, comité consultatif, conseil de famille, tout a été mis en place chez LG Cloutier pour s’assurer de couvrir l’ensemble des sujets. Le trio de dirigeant∙e∙s voit grand pour l’entreprise. Une fois la nouvelle usine en marche, il prévoit aller sur le marché des acquisitions du côté des États-Unis. « On veut se rapprocher de nos client∙e∙s américain∙e∙s », souligne Valérie Rancourt-Grenier.

Dominique Nadeau, Safari Condo

Dominique Nadeau succède à son père Daniel à la tête de Safari Condo. 
Photo : Courtoisie

Prendre la relève en pleine pandémie

Au départ, Dominique Nadeau ne se destinait pas à prendre la direction de Safari Condo, le fabricant de véhicules récréatifs et de roulottes fondé par son père Daniel en 1998. Après ses études en littérature anglaise, son père lui a demandé de joindre l’équipe des ventes de l’entreprise de Saint-Nicolas, près de Québec, parce qu’il cherchait un∙e représentant∙e bilingue.  

« C’est là que j’ai eu la piqûre et que j’ai su ce que ça voulait dire travailler pour une PME. Moi qui avais peur que ce soit monotone, j’ai tellement appris au fil des différents postes que j’ai occupés », raconte Dominique Nadeau qui a pris le siège de présidente en décembre 2020, en pleine vague de COVID-19.  

Cette transition n’était pas vraiment planifiée. « Cela faisait cinq ans que j’étais directrice générale. Mon père étant de moins en moins présent dans les opérations quotidiennes, il a senti que j’avais l’entreprise bien en main et considérait que le titre de présidente me revenait », explique-t-elle. 

Cela s’est révélé » un beau cadeau » qui s’est accompagné de sérieux maux de tête. « Cette année-là, on a enregistré un record de ventes en 24 ans d’existence. En même temps, il fallait composer avec les perturbations sur la chaîne d’approvisionnement, l’absentéisme des employé∙e∙s dû au virus qui ont entraîné des délais de production. »

Partager l’actionnariat

Comme son père qui avait des associés, elle ne se voyait pas seule à la tête de l’entreprise. Elle a donc décidé de partager l’actionnariat avec des employé∙e∙s.  

« Autour de la table, il y a un échange d’idées et de perspectives différentes qui est riche et qui profite à Safari Condo. Aussi, pour faire en sorte que l’entreprise me ressemble, il fallait que je m’adjoigne des gens qui partagent les mêmes valeurs que moi », dit-elle.  

En 2017, Dominique Nadeau a intégré un club de relève à EntreChefs PME. Après avoir été membre d’un club de dirigeant∙e∙s pendant quelques années, elle fait aujourd’hui partie d’un club de président∙e∙s. « J’ai suivi les conseils de mon père qui était lui-même membre d’un club. Il considérait important d’être dans un tel lieu d’échanges. » 

Son conseil à une future relève ? « Se donner le temps de bien faire les choses. C’est moins stressant pour tout le monde, autant pour le ou la cédant∙e et sa relève que pour les employé∙e∙s et les collaborateur∙trice∙s externes. Il faut aussi éviter les non-dits en donnant la chance à chaque partie d’exprimer sa vision des choses. C’est ce qu’on a réussi à faire mon père et moi », se félicite-t-elle.

Texte rédigé par Sylvie Lemieux

Sylvie Lemieux s’y connaît en entrepreneuriat! Journaliste chevronnée dont les articles ont été publiés dans plusieurs publications dont Les Affaires, Sylvie s’intéresse à des sujets variés en lien avec le monde des affaires et l’innovation.

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