Une décennie cruciale pour votre entreprise… et la société



Si plusieurs de nos expert∙e∙s peuvent se prévaloir d’avoir une vision globale des affaires et de l’économie, Jean-Pierre Dubé est sans doute l’un d’entre eux! Cet ingénieur de formation a conseillé plus de 1 500 client∙e∙s (multinationales, grandes entreprises et PME) dans une dizaine de pays et sur trois continents. Depuis 2010, le cabinet conseil en management d’impact Coboom guide les chef∙fe∙s d’entreprise dans leur stratégie, la simplification opérationnelle et l’innovation organisationnelle. Il est également un fervent défenseur de la redirection socioécologique. Entrepreneur en série, diplômé entres autres de l’ÉTS, de l’Université Laval, du MIT et candidat à la maîtrise en innovation sociale à HEC Montréal, Jean-Pierre Dubé met en lumière dans cet exposé dérangeant, mais révélateur, les écueils qui se présentent aux chef∙fe∙s d’entreprise dans un monde post-COVID.

  • Quels sont les risques et les contraintes à la croissance économique? 
  • Quelles sont les conséquences de cette croissance? 
  • Comment réinventer la croissance pour créer plus de valeur et d’impact? 

Quels sont les risques et les contraintes à la croissance économique?

La pandémie de COVID-19 a mis en exergue trois contraintes qui brident la productivité et la croissance de la grande majorité des entreprises québécoises :

1. Le manque de main-d’œuvre

Nous ne sommes pas face à une pénurie de main-d’œuvre, mais face à un vieillissement de la population du Québec. Cette inversion de la pyramide des âges est annoncée depuis longtemps par les démographes.

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La situation pourrait s’accentuer dans les prochaines années, car le nombre de naissances ne permet pas le renouvellement de la population. Dans une moindre mesure, elle a aussi été amplifiée par une réduction temporaire du seuil d’immigration par le gouvernement de la CAQ. Malgré l’augmentation annoncée à l’été 2021, l’immigration ne pourra pas combler l’important déséquilibre de la pyramide des âges.

L’investissement dans les technologies pour remplacer les travailleur∙se∙s est une solution mise de l’avant, mais elle est toutefois imparfaite. En effet, l’informatisation et l’automatisation entraînent régulièrement un effet insoupçonné appelé l’effet rebond ou le paradoxe de Jevons. Du nom de l’économiste William Stanley Jevons, ce paradoxe énonce qu’à mesure que les améliorations technologiques augmentent l’efficacité avec laquelle une ressource est employée, telle que la main-d’œuvre, la consommation totale de cette ressource peut augmenter au lieu de diminuer. Par exemple, les emplois qui sont partiellement ou complètement informatisés/automatisés sont souvent peu qualifiés et nécessitent des professionnel∙le∙s hautement spécialisé∙e∙s pour concevoir, mettre en œuvre et entretenir en continu les nouvelles technologies déployées.

2. La faible productivité du travail

La productivité du travail au Québec est inférieure de 8% à la moyenne canadienne. Un∙e travailleur∙se québécois∙e génère en moyenne 5,10 $ de moins qu’un∙e Canadien∙ne pour chaque heure travaillée.

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3. Les disruptions des chaînes d’approvisionnement

La délocalisation de la production des intrants dans les 30 dernières années a grandement fragilisé les chaînes d’approvisionnement : on a recherché le plus bas coût de production auprès d’industries étrangères qui elles-mêmes délocalisent à l’étranger pour un coût réduit. Cependant, la fiabilité de l’ensemble de la chaîne pâtit de la multiplication du nombre d’intermédiaires (manufacturiers, sous-traitants, transporteur maritime, débardeurs, transporteurs longue distance, transports locaux, etc.). Même si chacun de ces intermédiaires présente une fiabilité de 90%, le taux de fiabilité totale avec 10 intermédiaires chute à seulement de 35%! (90% de 90% et ainsi de suite…)

Les chaînes d’approvisionnement sont devenues des systèmes complexes avec de nombreux intermédiaires potentiellement affectés par de nombreuses variables difficilement prévisibles. Par exemple, la fermeture temporaire d’une zone industrielle en Chine pour cause de la politique tolérance zéro à la COVID-19. Autre exemple à l’automne 2021 au Canada avec la route coupée entre le port de Vancouver et le reste du Canada par une rivière atmosphérique. La globalisation des opérations en accentue l’effet papillon. Cette fragilité des chaînes d’approvisionnement mondialisée ne disparaîtra pas avec la fin de la pandémie de la COVID-19.

Quelles sont les conséquences de la croissance?

Le paradigme de la croissance économique infinie

Le paradigme de la croissance économique infinie s’est ancré dans l’imaginaire populaire pendant la période des Trente Glorieuses, de 1946 à 1975. Depuis 75 ans, la croissance du PIB est devenue une religion dans le milieu des affaires, véhiculée par les économistes néolibéraux et partagée par le milieu de la finance et les politicien∙ne∙s. Pourtant, le PIB est un indicateur totalement dépassé pour le XXIe siècle. Dépassé car il tient compte…

  • des activités «négatives» associées aux accidents, aux pollutions, aux crimes, aux guerres, etc.  
  • du coût d’extraction et de transformation des ressources naturelles mais les considère comme gratuites et infinies.

Dépassé car il ne tient pas compte…

  • des activités «positives» d’une grande partie de l’économie sociale : l’art, l’éducation, la santé, le bénévolat, le travail domestique, le troc, etc. 
  • des externalités négatives sur l’environnement : la pollution, la destruction des sols, l’érosion de la biodiversité, le changement climatique, etc. 
  • du bien-être des personnes et des inégalités.

Malgré tout, l’ensemble de nos décisions de société se fondent sur cet indicateur imparfait : les gouvernements visent une croissance exponentielle de 3% du PIB par année pour satisfaire leurs engagements  envers les populations sur les sujets tels que les retraites, le remboursement de la dette, etc.). Cette croissance tant désirée est de plus en plus difficile à générer au Canada. Le taux de croissance économique du Canada a diminué de 268% en 59 ans.

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La finitude des ressources naturelles

Les ressources naturelles ne peuvent suffire à la demande exponentielle qu’exige cette course mondiale vers la croissance, d’autant plus que la grande majorité de ces ressources finissent leur cycle dans l’air, l’eau et les sols. L’économie circulaire a ses limites. 71% des ressources naturelles ne peuvent pas être réutilisées car elles sont détruites lors de leur usage, stockées à long terme, utilisées de manière dispersive ou exigent un coût de réutilisation trop élevé en comparaison avec le neuf.

La virtualisation de l’économie ou le découplage de la croissance économique du monde matériel est un rêve de licorne. Selon le groupe de réflexion français The Shift Project, qui a aussi une antenne de bénévoles à Montréal, le numérique génère aujourd’hui 4 % des gaz à effet de serre du monde. Sa consommation énergétique s’accroît de 9 % par an, qui se répartit en 55 % pour l’usage du numérique et 45 % pour la production des équipements. Le numérique n’est pas virtuel car il exige une importante infrastructure matérielle comme les ordinateurs, les bornes Wifi, les câbles, les fibres optiques, les serveurs gourmands en énergie, les data centers, etc.

La croissance de l’économie se traduit donc systématiquement par une augmentation de l’exploitation des ressources naturelles. La surexploitation de ces ressources naturelles est comme une chasse aux œufs de Pâques : plus on en extrait des ressources naturelles de la Terre, plus c’est difficile et coûteux.

PIC de la production mondiale de pétrole
Référence : Jean-Marc Jancovici, ingénieur français, consultant et spécialiste de l’énergie et du climat, professeur à l’école d’ingénieurs Mines ParisTech, et cofondateur du cabinet conseil français Carbone 4 et du groupe de réflexion Shift Project.
Disponibilité des ressources naturelles selon l’American Chemical Society

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La finitude des ressources naturelles est inéluctable et il est temps de les accepter. L’inaction écologique pose des risques graves pour l’économie.

2022 – Principaux risques globaux 5-10 ans

Selon 1 000 expert∙e∙s dans le monde et 12 000 dirigeant∙e∙s nationaux∙ales de 124 pays sondé∙e∙s par le World Economic Forum dans son 17e rapport annuel sur les risques mondiaux à l’économie : https://www.weforum.org/reports/global-risks-report-2022

Il est donc capital de changer nos façons de penser entrepreneuriales. Certaines entreprises florissantes existent depuis plusieurs générations sans croissance…  Alors, pourquoi croître? La croissance fait-elle le bonheur?

Comment réinventer la croissance pour créer plus de valeur et d’impact?

Les entreprises du Québec doivent croître différemment pour répondre aux besoins essentiels d’une population mondiale croissante, malgré la disponibilité réduite des ressources naturelles et le manque de main-d’œuvre.

Le Québec possède tous les atouts pour être un∙e leader dans un monde contraint…

  • notre géographie et sa nordicité 
  • nos énergies renouvelables 
  • nos ressources naturelles 
  • notre social-démocratie 
  • notre culture, notre ouverture, notre multiculturalisme et notre bienveillance 
  • notre réseau d’enseignement et ses universités 
  • nos jeunes générations 
  • nos chef·fe·s d’entreprise et notre économie diversifiée, etc.

En tant que chef·fe d’entreprise, vous avez le plein contrôle sur votre modèle d’affaires, votre stratégie, vos produits/services et activités. Coboom propose la stratégie 123 que les chef·fe·s d’entreprise devraient mettre en œuvre dans leur planification stratégique annuelle pour prospérer dans cette troisième décennie du XXIe siècle.

1. Renoncez au passé : Désinvestir

Renoncez ou redirigez certains de vos segments de marché, client∙e∙s, produits/services, matières, activités, procédés, processus, technologies, infrastructures, etc. qui contribuent peu à la création de valeur ou qui sont vulnérables aux contraintes matérielles. En sacrifiant une partie de vos revenus, vous pouvez augmenter vos profits tout en vous enlevant de la pression psychologique. Concentrez-vous sur vos profits et non sur vos revenus.

2. Améliorez le présent : Investir

Le fordisme, le taylorisme et le fayolisme, et leurs méthodes de gestion du travail hiérarchisées, fractionnées et spécialisées, qui datent de plus d’un siècle, sont révolus. Nos employé∙e∙s sont peu responsabilisé∙e∙s et mal utilisé∙e∙s dans nos entreprises. Vous devez simplifier vos opérations et restructurer votre organisation. Toutefois, rester prudent∙e quant à l’endettement, car comme expliqué précédemment, la pérennité de la croissance économique mondiale est incertaine.

3. Innovez pour le futur : Risquer

Vous devez également investir pour expérimenter des idées innovantes, qui peuvent échouer, mais qui représentent de grandes opportunités de création de valeur. Plusieurs formes d’innovation sont possibles telles qu’illustrées ci-dessous par ordre croissant d’impact.

Pour aller plus loin

Pour avoir accès au visionnement du webinaire complet de Jean-Pierre Dubé (réservé aux membres EntreChefs PME), contactez-nous.