Bitcoin : et s’il était temps de s’y intéresser vraiment ?

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Directeur du contenu de la franchise francophone de Cryptonews, David Nathan a été journaliste indépendant pendant une quinzaine d’années. Il se passionne dès 2017 pour le Bitcoin puis, dans un second temps, pour l’écosystème crypto au sens large dont il couvre au quotidien toutes les actualités et les enjeux. Son adage : « Bitcoin est un tremblement de terre dont nous ne percevons encore que les premières répliques. »

Cryptonews nous proposera une fois par mois un éclairage différent sur l’écosystème bouillonnant des cryptomonnaies.

Révolutionnaire, disruptif, ésotérique, voire inquiétant… peu importe ce que l’on pense du Bitcoin (BTC), la réalité est qu’il fait désormais partie de l’équation économique mondiale. Ses 1 200 milliards de dollars de capitalisation boursière, sa récente entrée à Wall Street (via un ETF), son acceptation par le Salvador comme monnaie ayant cours légal, l’initiative de Mastercard qui se prépare à autoriser l’intégration des cryptomonnaies auprès de plus de ses 22 000 institutions financières partenaires ou encore la décision de plusieurs entreprises comme la société cotée au NASDAQ MicroStrategy (MSTR) de l’utiliser comme un moyen de se protéger de l’inflation sont autant de signaux qu’il serait dommage de prendre à la légère.

Nous constatons au quotidien qu’il est loin d’être simple d’expliquer cet univers rempli de termes et de concepts parfois abscons pour le grand public (NFT, halving, preuve de travail, Multisig, finance décentralisée) et les raccourcis de pensée, les faussetés factuelles et autres contre-vérités sont légion.

Bitcoin, cet ado qui s’affirme

Le Bitcoin, pour prendre la crypto la plus connue, est très souvent mal compris et/ou mal expliqué tout simplement parce qu’il s’agit d’un nouvel objet numérique complexe se trouvant à la confluence de l’informatique, de l’économie et des libertés individuelles. Il n’en demeure pas moins que « l’ado Bitcoin » (bientôt 13 ans) fonctionne sans interruption depuis sa naissance et offre une couche transactionnelle instantanée, accessible à tous et parfaitement sécurisée. Que les entrepreneur·e·s devant quotidiennement faire face à la complexité et la lourdeur des délais inhérents aux envois de fonds à l’international lèvent la main! Bitcoin possède le potentiel de changer ce paradigme de transferts de valeur en ligne.

Chacun est évidemment libre de l’ignorer, Bitcoin n’est pas une certitude, c’est une expérience, mais il serait dommage de ne pas au moins s’y intéresser d’un point de vue entrepreneurial. En 1973, quand Steven Sasson, un ingénieur de chez Eastman Kodak invente la photo numérique, sa hiérarchie lui rétorque « Personne ne voudra jamais regarder des images sur un écran de télévision ! ». Kodak Eastman ratera le virage du numérique et fera faillite en 2012. Même manque de vision en France quand, en 1994, quand Gérard Théry présente au gouvernement français un rapport sur le potentiel d’Internet baptisé « Autoroutes de l’Information ». Sa conclusion : internet « est mal adapté à la fourniture de services commerciaux. (…) Il ne saurait, dans le long terme, constituer à lui tout seul, le réseau d’autoroutes mondial. » Internet n’était pas une évidence en 1994, cela n’a pas empêché certains entrepreneur·e·s d’y voir un terreau fertile sur lequel ils et elles allaient « faire pousser » leur jeune entreprise.

Bitcoin : de voyou à gendre idéal

Capture d’écran / Source: 99bitcoins

C’est indéniable, l’image du Bitcoin (BTC) a changé au fil du temps. En un peu plus d’une décennie (Bitcoin est né le 3 janvier 2009), la première des cryptomonnaies est passée de l’anonymat au statut de monnaie légale au même rang que le dollar au Salvador, le 7 septembre dernier. Entre-temps, la route a été chaotique en ce qui concerne son image et nombreux furent ceux et celles qui l’ont condamné sans même avoir pris la peine de regarder ses fondamentaux. Taxé de système de Ponzi, d’argent des terroristes ou de fossoyeur environnemental, la presse économique dans un premier temps et les médias généralistes dans un second, ont cloué au pilori à multiples reprises la création de Satoshi Nakamoto, annonçant sa chute et sa mort cérébrale avec la régularité d’un métronome. Pour se rendre compte du phénomène, il suffit d’aller faire un tour sur le site de 99bitcoins qui s’est amusé à recenser le nombre de fois où la « mort du Bitcoin » a été annoncée dans la presse anglophone, 432 fois au moment d’écrire ces lignes.

Mais tel un zombie entêté et sourd, le BTC est ressorti autant de fois de sa tombe et a poursuivi son bonhomme de chemin, un chemin par ailleurs miné par six interdictions officielles émanant de la Chine.

JPMorgan et Bitcoin : je t’aime… moi non plus !

Comme des pythies des temps modernes, certains acteurs de la finance traditionnelle parmi les plus prestigieux y sont allés gaiement de leur commentaire sentencieux sur le Bitcoin, à l’instar de Warren Buffett qui a déclaré en 2018 : « Le Bitcoin est de la mort-aux-rats au carré ». Jamie Dimon, le PDG de la holding financière américaine JPMorgan Chase, a quant à lui qualifié l’invention de Nakamoto « d’or des fous » et carrément de « fraude ». L’homme d’affaires regrettera plus tard cette affirmation, mais ne cessera jamais de critiquer Bitcoin, affirmant pas plus tard que cet été : « Je pense que le Bitcoin n’a aucune valeur ».

JPMorgan a bien tenté de faire joujou avec la blockchain en lançant en 2019 le JP Morgan Coin (JPM) qui n’a d’autre fonction aujourd’hui que celle de transférer de la valeur au sein des systèmes internes de l’institution. Contrairement au Bitcoin dont l’architecture repose sur la décentralisation numérique, les jetons comme celui de JPMorgan sont entièrement centralisés et donc censurables. Outre cette initiative, JPMorgan qui est, rappelons-le, la plus grande banque au monde en capitalisation boursière, a ouvert aux clients de sa banque privée un fonds Bitcoin passif en partenariat avec le New York Digital Investment Group (NYDIG). À mesure que les semaines et les mois passaient et que le Bitcoin s’entêtait à ne pas vouloir mourir, la position des grandes banques vis-à-vis du Bitcoin et des autres cryptos (les altcoins) s’est adoucie. La banque d’investissement Goldman Sachs par exemple, admet en mars dernier une augmentation de la demande pour le Bitcoin non seulement de la part des investisseurs institutionnels, mais également dans le secteur de la gestion de patrimoine.

De son côté, JPMorgan sous la plume de son stratège Nikolaos Panigirtzoglou, envoie une note de recherche à ses clients le 6 octobre 2021 dans laquelle il évoque l’attrait du Bitcoin en tant que « couverture contre l’inflation ». La banque a par ailleurs estimé début 2021 que le prix du Bitcoin pourrait atteindre à long terme 146 000 dollars, car il rivalise avec l’or en tant que « monnaie alternative ».

Bitcoin, cet ado-voyou incontrôlable est donc devenu aux yeux de la finance mondiale un gendre idéal, un gentleman avec lequel il est possible de discuter et qui se permet même d’entrer à la bourse de New York sous la forme d’un fonds d’investissement indiciel (ETF) lié au Bitcoin. On notera que la U.S. Securities and Exchange Commission (SEC) a donné sa bénédiction, l’ETF ProShares Bitcoin Strategy (BITO) a ainsi pu faire ses débuts à Wall Street le 19 octobre 2021. Précision technique : ce véhicule d’investissement ne réplique pas directement le Bitcoin, mais un ensemble de contrats à terme qui se négocient, eux, sur le CME, la bourse centralisée de Chicago. On est donc encore très loin de l’ADN du Bitcoin qui encourage à la souveraineté financière en gardant le contrôle de ses fonds (donc de ses clés privées). Concrètement, les investisseur·se·s de ce fonds n’achètent pas du Bitcoin, mais peu importe, un nouveau jalon sur la route de l’adoption du BTC a été posé, inspirant déjà d’autres pays : l’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) a récemment publié un ensemble de directives concernant des fonds négociés en bourse (ETF) adossés à des cryptomonnaies.

Des entreprises font le choix du Bitcoin

C’est un fait, les débats autour du Bitcoin et plus largement des cryptomonnaies sont très polarisants. Cela s’explique par le caractère nouveau de cette industrie perturbatrice très jeune ainsi que par sa complexité. L’écosystème est en train de se construire sous nos yeux et certaines entreprises l’ont bien compris et ont fait le choix d’y participer. Bitcoin présente en effet des fonctionnalités intéressantes pour les entreprises : traitement instantané des transactions internationales, système d’autorisation avec signature multiple (Multisig), à la transparence comptable ou à la fonction de protection contre l’inflation (valeur refuge). Certaines entreprises comme Twitter, MicroStrategy (évoquée plus haut) ou la chaîne de restaurants ontarienne Tahini’s ont déjà fait le choix du Bitcoin. « Je considère le Bitcoin comme une véritable technologie d’épargne libre qui stocke la richesse à travers le temps et l’espace, explique un des propriétaires de Tahini’s. Nous avons décidé, en tant qu’entreprise, de stocker toutes nos réserves de liquidités excédentaires en bitcoins, car il s’agit d’une bien meilleure alternative à l’épargne en espèces. Nous continuerons à le faire dans les années à venir et peut-être pour toujours si nous n’avons pas besoin de la monnaie fiduciaire. »

Radio-Canada donnait plus tôt cette année l’exemple de la société canadienne Bitcoin Well, en pleine expansion. « Cette société développe des solutions pour rendre facile et sécuritaire l’achat et la vente de bitcoins grâce à un réseau de guichets automatiques. Bitcoin Well en compte plus d’une centaine sur tout le territoire canadien. En un an, Adam O’Brien, son fondateur, a vu se multiplier par deux le nombre de chef·fe·s d’entreprises albertaines souhaitant investir dans la cryptomonnaie. »

Évidemment Bitcoin est encore loin d’être parfait, mais internet l’était-il après une dizaine d’années? Non, ça a pris du temps, des essais, des erreurs et une kyrielle d’entrepreneur·e·s-bâtisseur·se·s audacieux·ses. La même dynamique existe aujourd’hui avec Bitcoin. Tout un écosystème d’entreprises et de développeur·se·s est en effet chaque jour à pied d’œuvre pour améliorer ce protocole qui n’appartient à personne ou, plus exactement, qui appartient à ceux et celles qui veulent l’utiliser.