Audrey Duchesne-Milette, de relève à cédante

Crédit photo bannière : Duchesne



Après avoir pris la relève de sa mère à la tête de l’entreprise familiale, Audrey Duchesne-Milette se retrouve aujourd’hui dans le siège de la cédante. En janvier dernier, Duchesne a été vendue à Namakor Holdings, une firme d’investissement, qui a des projets d’expansion pour le fabricant de produits de construction. Elle raconte son parcours de même que comment — et pourquoi — elle a décidé de passer le flambeau.

Au départ, Audrey Duchesne-Milette n’avait pas de plan défini pour prendre la relève de sa mère Françoise Duchesne et ainsi devenir la quatrième génération à la barre de l’entreprise familiale fondée en 1927 par son arrière-grand-père Raoul. « Ma mère nous a toujours laissés libres, mon frère et moi, de choisir notre voie, explique celle qui était jusqu’à récemment présidente et chef de la direction. C’est en 2007, alors que je poursuivais un baccalauréat en administration avec un profil marketing, que ma mère m’a appelée pour que je fasse mon stage dans l’entreprise afin de renforcer l’équipe marketing. Je ne suis jamais repartie. »

Une préparation bien menée

Dans les années qui ont suivi, elle a occupé différents postes, gravissant les échelons, ce qui lui a permis de mieux connaître toutes les facettes de la PME établie à Yamachiche, en Mauricie.

« Je suis allée à l’école Duchesne, lance-t-elle. C’est là que j’ai appris à aimer l’entreprise encore plus et à me voir comme la relève. »

Audrey Duchesne-Milette

Graduellement, Françoise Duchesne s’est éloignée de la gestion quotidienne pour laisser la place à sa fille qui a officiellement repris les rênes en 2014. « Elle présidait le conseil d’administration et était là au besoin, raconte Audrey. Elle savait que si elle restait présente, les employés auraient eu tendance à se tourner vers elle. C’était important pour elle de me laisser le champ libre. »

Surtout, Françoise Duchesne s’est assurée de bien préparer Audrey à la direction de l’entreprise, une chance qu’elle n’avait pas eue elle-même quand elle a succédé à son père Marcel en 1995. « Mon grand-père est décédé subitement et ma mère a dû prendre la relève au pied levé à 36 ans. Elle voulait m’éviter ça. »

Le processus de relève s’est somme toute déroulé sans embûches. Une fois dans la chaise de présidente, Audrey Duchesne-Milette s’est sentie sur son X, capable de mettre de l’avant les bons projets pour amener l’entreprise familiale à un autre niveau. Sous sa gouverne, Duchesne a renforcé sa position dans le marché grâce au lancement de nouveaux produits et au développement de nouvelles occasions d’affaires, notamment aux États-Unis. Aujourd’hui, l’entreprise presque centenaire vend ses produits de construction principalement dans l’est du Canada.

Une décision difficile

Est arrivé toutefois un moment où la dirigeante a senti que l’entreprise était à un tournant et que ce n’était pas elle qui pouvait le piloter. L’idée de trouver un acquéreur est alors apparue comme la solution à envisager. Une décision mûrement réfléchie qu’elle et sa mère ont prise dans l’intérêt de l’entreprise. « Face aux nombreux défis d’affaires, j’en suis venue à la conclusion que ce n’était pas moi qui pouvais faire une différence pour faire grandir Duchesne, explique-t-elle. J’avais besoin de plus que mon bagage d’expériences. Avec ma mère qui était toujours actionnaire unique, on a pris la décision d’aller dans le marché. »

La démarche n’a toutefois pas été couronnée de succès. Puis est arrivée la pandémie et les deux femmes ont décidé de mettre leur projet sur la glace. C’est alors que Namakor est venue cogner à leur porte. « On avait tracé le profil de l’acquéreur idéal et Namakor cochait toutes les cases, relate Audrey. On n’a pas eu de doute que c’était eux qui pouvaient amener encore plus de croissance. Ils apportent de nouvelles connaissances, de bonnes pratiques, un réseau complémentaire et une vision de développement qui permettra d’assurer la continuité de l’entreprise et de sécuriser les emplois. »

Vendre voulait toutefois dire que l’entreprise sortait du giron familial. « C’est certain que la décision n’a pas été facile, confie Audrey. En même temps, j’ai eu la chance de pouvoir faire part à ma mère de mes sentiments et de ma vision en toute transparence pour arriver à la conclusion que c’était la voie à suivre. C’était aussi important pour moi qu’elle soit heureuse dans la transaction. »

Le fait de faire partie d’un club de relèves à EntreChefs PME l’a aussi aidée dans sa réflexion.

« À travers le club, j’ai appris à me connaître, ce qui m’a aidé à faire mon cheminement personnel dans la vente de l’entreprise. Ça m’a permis de voir ce qui me passionnait vraiment et où je me voyais à long terme en plus de me permettre de voir le tout de manière rationnelle. »

Audrey Duchesne-Milette

Même si elle n’est plus une relève, elle ne lâchera pas le club pour autant. « Il m’apporte énormément : bris de solitude, conseils, soutien, réflexion, formation, échange… Ces rencontres avec d’autres personnes qui vivent les mêmes défis que moi m’énergisent. Elles me permettent de grandir et de m’améliorer comme personne et comme gestionnaire. »

Un nouveau rôle

Depuis le 22 janvier 2022, Duchesne est officiellement devenue une entité de Namakor qui possède d’autres entreprises manufacturières dans son portefeuille. Le nouveau propriétaire a déjà confirmé que le siège social de l’entreprise restera au Québec. Audrey Duchesne-Milette continuera d’y travailler en occupant la direction générale de Duchesne.

Même si son rôle change, elle se dit très heureuse de pouvoir contribuer au développement de la PME.

« J’aurais été triste de me séparer de l’équipe. Et il y a encore tant à faire pour propulser l’entreprise : poursuivre l’expansion, élaborer un nouveau plan stratégique, développer des activités à valeur ajoutée sans parler des défis de recrutement. Duchesne est aujourd’hui en meilleure position pour bien tirer son épingle du jeu. »

Audrey Duchesne-Milette

Son conseil aux cédants et à la relève : « Il faut être à l’écoute de ceux qui nous entourent et aussi de nous-même. J’ai eu l’instinct de saisir ce qui allait de travers pour moi, ce qui a mené à la décision de vendre. Il ne faut pas non plus être trop pressé pour faire les bons choix au bon moment », conclut-elle.

Texte rédigé par Sylvie Lemieux

Sylvie Lemieux s’y connaît en entrepreneuriat! Journaliste chevronnée dont les articles ont été publiés dans plusieurs publications dont Les Affaires, Sylvie s’intéresse à des sujets variés en lien avec le monde des affaires et l’innovation.

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