Embaucher un directeur général : comment réussir la transition?

À mesure qu’une PME grandit, un constat finit souvent par s’imposer : la personne qui l’a fondée ne peut pas, à elle seule, continuer à en porter toutes les responsabilités. Les enjeux se multiplient, la croissance s’accélère et les besoins évoluent. 

Pour plusieurs dirigeant·e·s, vient alors une question déterminante : faut-il confier la direction générale à quelqu’un d’autre? 

Cette décision est loin d’être anodine. Elle implique de céder une part de contrôle, d’accorder sa confiance et, parfois, de redéfinir son propre rôle au sein de l’organisation. Pourtant, ce passage devient de plus en plus fréquent chez les entrepreneur·es qui souhaitent assurer la pérennité de leur entreprise sans freiner son développement. 

Dans le cadre de la websérie L’Envers, qui met en lumière les réalités parfois méconnues du parcours entrepreneurial, nous avons rencontré Martin Lépine, président du Groupe industriel AMI et Milèna Daisy Levesque, copropriétaire de Carrossier CarrXpert, Jacques Levesque. Deux parcours, deux contextes, mais une même réflexion : trouver la bonne personne pour prendre les rênes des opérations quotidiennes. 

Reconnaître que l’entreprise a besoin de plus que son fondateur 

Pour Martin Lépine, cette prise de conscience s’est imposée graduellement. Après plus de vingt ans à la tête du Groupe industriel AMI, il constatait que son entreprise était entrée dans une phase d’hypercroissance qui exigeait davantage qu’un seul leadership. En évaluant sa charge de travail et les ambitions qu’il nourrissait pour l’organisation, il a réalisé que la situation ne pourrait pas être viable à long terme. 

« J’ai réalisé que, pour accomplir ma charge de travail quotidienne, saisir toutes les opportunités du marché et mener le développement dont j’avais besoin, il me faudrait consacrer l’équivalent de 4 000 heures par année. », explique-t-il. 

Avant de prendre une décision, il a clarifié sa mission personnelle et consulté un conseil consultatif composé de personnes d’expérience. Deux avenues se dessinaient : ralentir les ambitions de croissance ou recruter un·e directeur·trice général·e. 

« Compte tenu de la fenêtre d’opportunité qui s’offrait à nous, nous n’avions d’autre choix que de recruter un directeur général », a souligné l’entrepreneur. 

Les compétences comptent, les valeurs encore davantage 

Pour Miléna Daisy Levesque, la décision de recruter un·e DG est née d’un besoin aussi personnel que stratégique. Pendant plus de deux ans, l’entrepreneure a elle-même occupé cette fonction. Malgré les bons résultats obtenus, elle ne s’y reconnaissait plus. 

« Tout le monde était satisfait, mais moi, personnellement, je n’étais pas heureuse là-dedans. Ce n’étaient pas les tâches, les fonctions que j’avais le goût de faire », confie-t-elle. 

Plutôt que de recruter à l’externe, elle a choisi de miser sur un talent déjà présent dans l’entreprise. Employé depuis près de dix ans, Éric démontrait depuis longtemps sa capacité à assumer davantage de responsabilités et à faire progresser les projets. 

Au-delà des compétences, c’est surtout l’alignement humain qui a guidé son choix. 

« Ses valeurs personnelles, ce sont nos valeurs d’entreprise. » 

Du côté de Martin Lépine, l’alignement allait encore plus loin. Lui et son futur directeur général ont multiplié les validations afin de s’assurer qu’ils partageaient non seulement les compétences nécessaires, mais aussi une vision commune de l’avenir. L’entreprise a même développé un « audit d’ambition » pour vérifier que leurs aspirations respectives demeureraient compatibles dans cinq ou dix ans. 

Le véritable défi : apprendre à lâcher prise 

Trouver la bonne personne n’est que la première étape. Encore faut-il lui laisser l’espace nécessaire pour exercer pleinement son rôle. 

Pour Milèna Daisy Levesque, c’est cette transition qui s’est révélée la plus exigeante. 

« Ce qui a été vraiment difficile pour moi dans le fait de laisser Éric devenir le directeur, ça a été d’accepter les erreurs qu’il pouvait faire. » 

Comme bien des entrepreneur·es, elle a dû apprendre à intervenir moins souvent et à adopter davantage une posture d’accompagnement. Son rôle est progressivement devenu celui d’une mentore qui soutient, conseille et recadre lorsque nécessaire, sans reprendre les commandes. 

Martin Lépine a vécu une expérience similaire. Selon lui, recruter une personne hautement compétente implique de lui faire pleinement confiance. 

« Si je vais chercher le meilleur, il faut que je cède les tâches. » 

Aujourd’hui, il consacre davantage son énergie à la vision stratégique et à la culture organisationnelle. Avec son équipe, il a notamment élaboré des « codes culturels » afin de préserver les comportements et les valeurs qui ont contribué au succès du Groupe industriel AMI. 

Malgré des parcours différents, Martin Lépine et Milèna Daisy Levesque  arrivent à une conclusion similaire : le succès d’une transition vers un·e directeur·trice général·e repose moins sur les compétences techniques que sur la confiance, les valeurs et l’alignement humain. 

Qu’il ou elle provienne de l’interne ou de l’externe, le ou la futur·e DG doit comprendre l’entreprise, adhérer à sa vision et être en mesure de mobiliser les équipes. De leur côté, les entrepreneur·es doivent accepter que leur rôle évolue avec la croissance de leur organisation. 

Pour aller plus loin

Cet article est issu de la websérie L’envers, une initiative signée EntreChefs PME. À travers ce projet, nous offrons à nos membres un espace privilégié d’apprentissage, de réflexion et de solidarité. Chaque épisode met de l’avant une histoire entrepreneuriale singulière, racontée avec authenticité par un·e membre qui accepte de lever le voile sur l’envers de son parcours. Cette initiative permet ainsi d’explorer, mois après mois dans la Zone membre, des thématiques qui résonnent avec les défis et les transformations vécus par la communauté.  

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