Chaque entreprise porte l’empreinte des personnes qui la dirigent. Certaines laissent leur marque en bâtissant une culture d’entreprise forte, d’autres en insufflant une vision ambitieuse ou en menant une transformation qui redéfinit l’avenir de leur organisation. Mais une question demeure : comment faire évoluer une entreprise sans perdre ce qui fait sa force?
Dans le cadre de la websérie L’envers, nous avons rencontré Alexandre Gallant-Roy, associé chez Fondations LD, et Stéphan Julien, président de Moderco, afin de comprendre les réflexions, les défis et les décisions qui ont marqué leur parcours de dirigeant. Bien que leurs réalités soient différentes, leurs témoignages convergent vers un même constat : la culture organisationnelle, le leadership et la vision sont au cœur de toute entreprise qui souhaite évoluer durablement.
D’un côté, Alexandre Gallant-Roy raconte comment la culture de Fondations LD s’est forgée au fil des actions, des défis et de la croissance de l’entreprise. De l’autre, Stéphan Julien revient sur Moderco 5.0, un ambitieux projet de transformation porté dans le contexte de la relève d’une entreprise familiale, avec le désir d’y laisser sa propre empreinte tout en respectant l’héritage reçu.
Quand grandir oblige à changer de rôle
Pour Alexandre, la culture d’entreprise n’est pas née d’un exercice stratégique ni d’un plan soigneusement élaboré. Aux débuts de son parcours entrepreneurial, les priorités étaient ailleurs : décrocher des contrats, satisfaire les client·e·s, faire avancer les chantiers et assurer la croissance de l’entreprise. Dans ce contexte, réfléchir à une vision, une mission ou des valeurs passait naturellement au second plan.
« La culture, je crois que c’est une des choses les plus difficiles à mettre en place dans l’entreprise », a-t-il confié lors de nos échanges.
Avec le recul, il réalise pourtant qu’une culture était déjà présente. Elle se reflétait dans les décisions prises au quotidien, dans la façon de réagir aux défis et dans les comportements valorisés par les dirigeant·e·s.
À mesure que l’entreprise grandissait, Alexandre Gallant-Roy a compris qu’il ne pouvait pas rester uniquement dans l’opérationnel. Pour réfléchir à l’avenir de l’organisation et lui donner une direction claire, il devait apprendre à prendre du recul.
« Mon premier pas le plus important qui m’a permis de me dégager du temps, ça a été de m’entourer. »
Le mentorat, son club EntreChefs PME et l’accompagnement d’expert.e.s l’ont aidé à voir son entreprise autrement. Ce recul lui a permis, avec ses associé·e·s, de mieux définir les rôles de chacun, de clarifier leurs responsabilités et de mettre des mots sur ce qui caractérisait réellement Fondations LD.
Peu à peu, les valeurs qui guidaient déjà leurs actions sont devenues plus explicites. La culture n’était plus seulement vécue au quotidien; elle servait désormais à guider les décisions, mobiliser les équipes et soutenir la croissance de l’entreprise.
Pour Alexandre Gallant-Roy, laisser sa marque n’a pas signifié tout changer. Cela a plutôt consisté à faire évoluer l’entreprise de manière cohérente avec les valeurs qui étaient déjà présentes et à créer les conditions nécessaires pour que cette culture puisse continuer de grandir.
Les défis qui forgent une organisation
Comme bien des entreprises en croissance, Fondations LD a traversé des périodes plus exigeantes.
Les premiers contrats d’envergure ont notamment mis l’organisation à rude épreuve. Sur le moment, ils ont généré beaucoup de pression et obligé l’équipe à s’adapter rapidement.
« Les premiers gros contrats qu’on a pognés, ça a été une crise, mais finalement ça a été la plus belle opportunité qu’on a eue. »
Avec le recul, Alexandre Gallant-Roy considère que ces défis ont permis à l’entreprise de développer de nouvelles façons de travailler, de gagner en maturité et de se préparer à relever des projets toujours plus ambitieux.
Les départs de certain·e·s employé·e·s ont aussi marqué son parcours.
« Sur le moment présent, c’est une crise, mais par la suite, c’est une bonne chose. »
Selon lui, ces changements ont parfois ouvert la porte à des personnes dont les valeurs correspondaient davantage à la culture que l’entreprise souhaitait bâtir.
Laisser sa propre empreinte dans une entreprise familiale
Pour Stéphan, à la tête de Moderco, le défi était d’une autre nature.
En prenant la relève de l’entreprise familiale, il ne souhaitait pas seulement assurer sa continuité. Il voulait aussi contribuer à son évolution, porter sa propre vision et y laisser une empreinte durable.
« J’avais définitivement besoin de définir Moderco dans un projet majeur », a expliqué l’entrepreneur.
Cette réflexion a donné naissance à Moderco 5.0, un vaste projet de transformation comprenant la construction d’une nouvelle usine et la création d’un environnement de travail repensé pour soutenir la collaboration, l’innovation et la croissance à long terme.
« Je voulais laisser un legs important qui va perdurer dans le temps », a-t-il partagé.
Son ambition allait bien au-delà des infrastructures. Il souhaitait créer un milieu capable d’accompagner le développement futur de l’entreprise tout en mobilisant les équipes autour d’une vision commune.
Avant même le début des travaux, Stéphan a d’ailleurs choisi de faire des employé·e·s de véritables partenaires du projet. Pendant plusieurs mois, il a multiplié les rencontres afin de recueillir leurs idées et de comprendre leurs attentes envers leur futur milieu de travail.
Cette démarche a contribué à créer un fort sentiment d’adhésion. Peu à peu, Moderco 5.0 est devenu bien plus qu’un agrandissement ou un déménagement… il incarnait une vision collective de l’avenir de l’entreprise.
Toutefois, malgré l’enthousiasme entourant le projet, la transition vers les nouvelles installations ne s’est pas déroulée sans heurts. Le changement a bouleversé les habitudes et les repères de plusieurs employé·e·s, dont certain·e·s ont finalement choisi de quitter l’organisation.
« Ça a été quand même un choc. Je l’ai pris un peu personnel », a confié l’entrepreneur.
Cette expérience a rappelé à Stéphan qu’une transformation organisationnelle ne repose pas uniquement sur des bâtiments ou des équipements. Derrière chaque changement se trouvent des personnes qui vivent la transition à leur propre rythme.
Avec le recul, il considère cette période comme un apprentissage important. Elle lui a permis de mesurer toute la complexité du rôle de dirigeant : porter une vision ambitieuse pour l’avenir tout en accompagnant les équipes à travers les défis que le changement peut susciter.
Les histoires de Fondations LD et de Moderco démontrent qu’il n’existe pas une seule façon de laisser sa marque. Certains bâtissent leur héritage à travers une culture forte, d’autres par un projet transformateur ou une vision rassembleuse.
Dans tous les cas, leur véritable empreinte ne réside pas uniquement dans les décisions qu’ils prennent, mais dans ce qu’ils permettent à leur organisation de devenir. Car au fond, le rôle d’un dirigeant n’est pas seulement de faire fonctionner l’entreprise aujourd’hui. Il est de créer les conditions pour qu’elle continue d’évoluer, de grandir et d’inspirer les générations qui suivront.
Pour aller plus loin
Cet article est issu de la websérie L’envers, une initiative signée EntreChefs PME. À travers ce projet, nous offrons à nos membres un espace privilégié d’apprentissage, de réflexion et de solidarité. Chaque épisode met de l’avant une histoire entrepreneuriale singulière, racontée avec authenticité par un·e membre qui accepte de lever le voile sur l’envers de son parcours. Cette initiative permet ainsi d’explorer, mois après mois dans la Zone membre, des thématiques qui résonnent avec les défis et les transformations vécus par la communauté.
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