Repreneuriat : pourquoi vos valeurs personnelles sont votre meilleur levier de relance

Quand François Routhier reprend CRD Placage en 2016, il ne rachète pas qu’une PME. Il entre dans un univers façonné par une seule personne, celui de l’oncle de sa conjointe, qui dirigeait l’entreprise depuis plus de trente ans.

L’entreprise fonctionnait bien, la clientèle était fidèle, mais toute la structure reposait sur un modèle artisanal, difficile à transférer. « Les valeurs de l’entreprise, à notre arrivée, étaient centrées autour du chef d’orchestre », raconte François. 

Pour un·e repreneur·e, cette situation représente à la fois un avantage et un risque. L’entreprise dispose d’une base solide, mais elle est fragile parce qu’elle dépend d’une seule personne. François le comprend rapidement. Pour assurer la continuité et, surtout, donner un avenir à CRD Placage, il doit rebâtir la culture de l’intérieur. 

C’est dans le cadre de l’initiative des Clubs de repreneur·e·s, dédiés à la phase post-acquisition, que nous avons rencontré François pour en savoir plus sur son expérience en tant que repreneur.

Le choc du changement : un passage incontournable pour tout·e repreneur·e 

Dès son arrivée, François annonce la couleur. Il sait que la pire erreur serait de laisser le changement s’installer sans le nommer. « La première valeur que j’ai amenée, c’est de dire : OK, ça va changer. Il faut que vous soyez capables de vous adapter parce qu’on s’en va ailleurs. » Cette franchise surprend, mais elle apaise aussi. Elle enlève l’ambiguïté qui nourrit souvent les résistances et les tensions. 

Dans les petites équipes industrielles, les habitudes sont profondément ancrées. Certain·e·s employé·e·s craignent la nouveauté, d’autres s’y opposent. François doit prendre des décisions difficiles, y compris se séparer de personnes compétentes sur le plan technique mais incapables d’incarner les valeurs qui guideront la suite. « On engage souvent pour les compétences, mais on met des gens dehors pour les valeurs », rappelle-t-il. 

Pour lui, le respect, l’intégrité et le plaisir au travail ne sont pas des principes abstraits. Ce sont les fondations d’un climat de travail sain, essentiel pour traverser une transition organisationnelle. 

Pourquoi les valeurs d’un·e repreneur·e deviennent un levier de performance 

Les valeurs ne restent pas théoriques. François les traduit en comportements concrets qu’il appelle les « façons d’être ». Il s’agit, par exemple, de se parler avec respect, de régler rapidement les tensions, d’aider un·e collègue en difficulté ou encore d’agir avec intégrité, qu’il soit présent ou non dans l’atelier. 

Ce cadre relationnel, souvent négligé dans les PME manufacturières, devient un véritable moteur opérationnel. François sait que pour améliorer les procédés, il faut d’abord améliorer la dynamique humaine. 

 « Pour moi, les valeurs, c’est comment il faut être quand on travaille ensemble. » Cette vision lui permet ensuite de clarifier les rôles, de structurer les opérations et d’implanter des processus plus rigoureux. La transformation culturelle devient la base d’une transformation organisationnelle durable. 

Une démarche qui résonne avec les tendances actuelles 

Les choix de François ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une tendance forte du marché du travail. Selon le rapport Glassdoor Worklife Trends 2026, les signes de déconnexion entre valeurs affichées et comportements réels de la direction explosent. Les avis d’employé·e·s contenant le mot « misaligned » ont bondi de 149 % entre 2024 et 2025. D’autres indicateurs montrent la même crise de confiance : 
• manque de communication : +25 % 
• nque de confiance : +26 % 
• hypocrisie : +18 % 

Ces indicateurs pointent vers un enjeu central : l’érosion de la confiance lorsque les dirigeant·e·s n’incarnent pas les valeurs qu’ils affichent. Un graphique issu du rapport montre clairement la montée de ces mots-clés dans les commentaires portant sur le leadership. 

Ce phénomène s’accentue dans un contexte déjà difficile. Les équipes font face à la surcharge de travail, aux tensions interpersonnelles, à l’épuisement professionnel et aux bouleversements liés à l’IA, qui transforment la nature des postes et alimentent l’insécurité d’emploi. Quand l’environnement extérieur est instable, un décalage entre valeurs et actions rend les choses encore plus lourdes à porter. Les employé·e·s cherchent des repères. Ils comptent sur le leadership, formel ou informel, pour donner du sens, clarifier les priorités et créer un espace où l’on peut continuer d’avancer malgré l’incertitude. 

Le rôle essentiel du repreneur·e : redonner du sens 

Dans ce contexte, l’histoire de François Routhier est particulièrement révélatrice. En reprenant CRD Placage, il n’a pas seulement racheté une entreprise. Il a redéfini une culture, clarifié une vision et établi un cadre dans lequel chacun·e peut contribuer.  

Son leadership ne repose pas sur un modèle hiérarchique traditionnel, mais sur la cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. 

Ce choix, qui pourrait sembler simple, est en réalité profondément stratégique. La culture devient la colonne vertébrale de la croissance. Elle soutient la collaboration, la responsabilisation et la motivation. Elle permet à une PME industrielle, parfois perçue comme rigide, de devenir un milieu de travail humain et mobilisant. 

Le parcours de François Routhier montre que le rôle d’un·e repreneur·e dépasse largement la gestion. Reprendre une entreprise, c’est reprendre une culture, des habitudes, des façons d’être. 

Et c’est avoir le courage de transformer tout cela quand c’est nécessaire. En misant sur ses valeurs personnelles, François a permis à CRD Placage de se réinventer, de se structurer et de bâtir des bases solides pour une croissance durable. 

Vous êtes sur le point de finaliser une acquisition, ou vous venez tout juste de le faire et souhaitez échanger avec d’autres entrepreneur·e·s ? Rejoignez nos clubs dédiés aux repreneur·e·s en phase post-acquisition. 

Pour aller plus loin  

Cet article est issu de la websérie L’envers, une initiative signée EntreChefs PME. À travers ce projet, nous offrons à nos membres un espace privilégié d’apprentissage, de réflexion et de solidarité. Chaque épisode met de l’avant une histoire entrepreneuriale singulière, racontée avec authenticité par un·e membre qui accepte de lever le voile sur l’envers de son parcours. Cette initiative permet ainsi d’explorer, mois après mois dans la Zone membre, des thématiques qui résonnent avec les défis et les transformations vécus par la communauté.  

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