Femmes en construction : le leadership de Marianne Deslandes

Dans l’industrie de la construction, les chiffres parlent d’eux‑mêmes. Selon une étude menée par l’APCHQ en 2024, les femmes représentaient seulement 3,98 % de la main-d’œuvre active sur les chantiers. Et si entrer dans l’industrie est un défi, y rester l’est encore davantage : 52 % des femmes quittent leur poste dans les cinq premières années, contre 32 % des hommes. 

Au‑delà des chantiers, le portrait reste tout aussi préoccupant. Aujourd’hui encore, à l’échelle canadienne, les femmes occupent seulement 35 % des postes de direction, gagnent en moyenne 17 % de moins que les hommes, et leur représentation dans les conseils d’administration plafonne autour de 21 %. Les écarts persistent, même dans les secteurs où les femmes sont fortement présentes. 

C’est dans ce contexte que s’inscrit le parcours de Marianne Deslandes, aujourd’hui directrice générale et figure de la relève familiale au sein des Constructions Deslandes. 

Un parcours inattendu vers un rôle clé dans la continuité 

Rien ne prédestinait Marianne à évoluer dans le domaine de la construction. À la fin de ses études en gestion hôtelière, elle revient dans l’entreprise familiale presque par nécessité. Sa mère, qui assurait la comptabilité tout en gérant une deuxième entreprise, frôle l’épuisement. « Je suis venue sauver ma mère », raconte‑t‑elle. C’est ainsi qu’elle fait son entrée dans l’entreprise. 

Elle commence au service de la comptabilité, un univers qu’elle apprend « à vitesse grand V ». Elle découvre non seulement les rouages administratifs, mais aussi un talent naturel pour structurer, organiser et optimiser les méthodes de travail. 

Au fil du temps, elle touche à tout : la gestion administrative, les opérations, les processus internes, l’image de marque. Et c’est dans cette immersion complète qu’un véritable déclic survient. 

« Quand j’ai vu que mes connaissances faisaient réellement avancer l’entreprise, je me suis dit : je peux apporter beaucoup plus que je pensais. » 

La place qu’elle occupe aujourd’hui ne s’est pas construite en un moment précis, mais en progression continue. Aucun plan formel n’avait été établi : les besoins évoluaient, les responsabilités se déplaçaient, et elle avançait au rythme de cette transformation.  

Portée par l’intuition de ses parents, qui ont peu à peu reconnu sa capacité à diriger, elle incarne désormais une relève naturelle, appelée à assurer la continuité de l’entreprise familiale. 

Naviguer dans un milieu aux codes encore très masculins 

Le chemin n’a pas toujours été simple. En évoluant dans un secteur encore très masculin, Marianne a dû, à plusieurs moments, prouver doublement sa valeur. Dans un environnement où l’on se tourne spontanément vers des hommes pour parler construction, elle a pourtant su, au fil des années, bâtir une légitimité solide. 

« Ça fait 14 ans que je suis dans l’entreprise, j’ai fait ma place », dit‑elle avec assurance. 

Aujourd’hui, elle sait que sa présence apporte quelque chose de différent dans la culture de l’entreprise.  « Ça amène plus de structure et d’humanité… et ça fait une différence. » Cette reconnaissance, elle l’a gagnée par la qualité de son travail et la confiance qu’elle inspire. 

Elle avance désormais avec fierté dans un milieu encore très masculin, consciente que son parcours montre qu’il existe plusieurs façons d’exercer le leadership, dont la sienne, qui ouvre la voie à d’autres. 

Composer avec des visions différentes 

Au sein de l’entreprise familiale, Marianne apprend à composer avec le décalage naturel entre deux générations d’entrepreneur·e·s, un enjeu que vivent d’ailleurs de nombreuses relèves familiales. 

Son père, fondateur passionné, a toujours dirigé en s’appuyant sur l’intuition et l’action immédiate, tandis qu’elle adopte un style très cartésien : elle planifie, structure, analyse et anticipe. 

Depuis peu, deux co‑associés se sont joints : son beau‑frère et un employé d’expérience, reconnu pour son calme et son leadership discret. 

Marianne doit donc orchestrer à la fois l’accompagnement de son père vers un rôle différent et la coordination d’une équipe dirigeante aux approches variées. Plutôt que d’y voir une source de friction, elle transforme ces différences en levier d’équilibre : un dialogue continu entre héritage et évolution. 

« Mon père est tellement attaché à ce qu’il a construit », reconnaît‑elle. 

Il demeure un allié de terrain, et ses co‑associés deviennent pour elle des partenaires précieux dans la structuration de la suite. 
« On se complète. On a chacun nos forces. » 

Bien s’entourer pour protéger sa flamme 

Quand on lui demande quel conseil elle donnerait à une femme appelée à prendre sa place dans la continuité, Marianne marque une pause, puis répond simplement : « Protège ta flamme. » 

Cette flamme, c’est ce moteur interne qui lui a permis d’avancer malgré les périodes difficiles, les doutes, la surcharge, les défis professionnels. 

Pour nourrir cette flamme, elle s’est entourée. Il y a près de neuf ans, elle a rejoint EntreChefs PME, sur la recommandation d’une entrepreneure de son réseau. Ce geste, presque anodin au départ, est devenu un tournant.  

Son club est devenu un espace solide, bienveillant, où elle peut partager ses défis, écouter ceux des autres, et retrouver, chaque fois, la raison profonde qui la pousse à continuer. 

« Il y a eu des hauts et des bas. Et ce sont les personnes autour de moi, dans mon club, qui m’ont ramenée à l’essentiel. » 

Elle parle aussi de l’équilibre familial, essentiel à son leadership. Son conjoint occupe une place déterminante : il assume une grande part de la charge familiale, ce qui lui permet de se consacrer à son rôle de direction.  

Une réalité souvent invisible, pourtant centrale dans la trajectoire de nombreuses femmes en affaires.