Ce que personne ne vous dit sur le repreneuriat : retour d’expérience d’Andrés Lozano 

Selon Repreneuriat Québec, près de 9 700 entreprises privées au Québec s’attendent à changer de mains dans les 12 prochains mois. Et ce n’est qu’un début, puisque d’ici cinq ans, plus de 50 000 entreprises devront trouver une relève, alors que 61 % des dirigeant·e·s n’ont toujours aucun plan. Les risques ? Fermetures, délocalisations, baisse de productivité. 

Dans ce contexte, la diversité des profils est une force. Une étude de la BDC révèle que 2,9 % des personnes immigrantes sont propriétaires d’une entreprise au Canada, contre 2 % des personnes nées au pays. Ces chiffres montrent que des parcours variés enrichissent l’écosystème entrepreneurial québécois. 

C’est dans le cadre de l’initiative des Clubs de repreneur·e·s, dédiée à la phase post-acquisition, que nous avons rencontré Andrés Lozano, aujourd’hui propriétaire de Raybel, un distributeur de produits électriques, et membre d’EntreChefs PME. Son histoire illustre les défis et les apprentissages qui suivent une reprise d’entreprise. 

Un parcours marqué par la prise de risque 

Reprise d’entreprise au Québec : Andrés Lozano partage ce que personne ne dit sur les défis post-acquisition, les erreurs et les clés du succès.

Originaire du Venezuela, Andrés a étudié en communication avant de travailler six ans en recherche marketing. Une opportunité professionnelle l’amène ensuite au Canada, où il complète un MBA à Toronto et poursuit une carrière en ventes à Montréal. Mais derrière ce cheminement, une envie persistante : entreprendre.  

« Je viens d’une famille d’entrepreneurs, j’ai toujours eu ce désir », a-t-il affirmé lors de nos échanges. 

Il tente plusieurs projets, dont une galerie d’art à Toronto pour vendre des œuvres vénézuéliennes. « Échec massif ! J’ai encore des toiles chez moi », a-t-il raconté avec ironie. Cette expérience lui a appris une leçon clé.

« Peu importe ton amour pour ton produit, si le marché n’en veut pas, ça ne marchera pas. Il faut comprendre les besoins locaux », a-t-il souligné. 

Après cette aventure entrepreneuriale, il découvre Repreneuriat Québec en 2019 et commence à analyser des entreprises. Cinq ans plus tard, après la pandémie et un licenciement, il franchit le pas. « Je me suis dit que rester employé me semblait plus risqué que de me lancer », a-t-il confié. En mars 2024, il devient propriétaire de Raybel. 

Ce qu’Andrés Lozano a appris après la reprise : défis, erreurs et clés de succès 

« La première année, j’étais naïf. Je voulais tout changer… nouveau logiciel, site transactionnel, acquisitions… Je voulais lancer plein de choses en même temps », a-t-il reconnu.

Mais la réalité l’a vite rattrapé. Les tarifs douaniers, la complexité des processus et la résistance au changement ont ralenti ses ambitions. Andrés a dû revoir ses priorités et se concentrer sur l’essentiel. 

Parmi ses premières décisions, il mise sur la modernisation. « On est passé au numérique pour les paiements. Une bonne décision, surtout quand Postes Canada est tombé en grève », a-t-il expliqué. Il investit aussi dans un nouveau logiciel de gestion pour remplacer un système vieillissant. 

Apprendre les codes et trouver les bons alliés 

Pour Andrés, le défi ne s’arrête pas à la reprise de l’entreprise. Il doit aussi apprivoiser les nuances de la culture d’affaires québécoise. « Peu importe ton pays d’origine, il faut comprendre la culture d’affaires d’ici, qui est très consensuelle. Personne ne te dira directement que tu fais fausse route », a-t-il expliqué.

Selon son expérience, les échanges sont respectueux, mais parfois moins directs. « Tu peux faire des erreurs sans que personne ne te le dise clairement », a-t-il ajouté. Même le cédant, par souci de lui laisser toute la place, a choisi de ne pas trop intervenir.

Cette approche bienveillante est positive, mais elle peut être déroutante quand on arrive d’ailleurs. Pour mieux comprendre l’écosystème et prendre des décisions éclairées, Andrés s’est entouré d’autres entrepreneur·e·s.  

« Lors des Forums régionaux, j’ai eu des conseils concrets. David Marchand, président du CA d’EntreChefs PME, m’a expliqué comment évaluer d’autres entreprises à acheter. Un autre membre m’a partagé son expérience pour surmonter des difficultés financières », a-t-il raconté. Ces échanges lui ont aussi ouvert des portes vers des fonds de financement. 

Pour Andrés, le plus grand apprentissage est clair : il ne faut pas attendre que toutes les conditions soient parfaites pour se lancer. « Allez-y, lancez-vous ! Profitez des ressources et des organismes qui existent pour vous accompagner. Et surtout, ne vous sentez pas inférieurs. Vous avez déjà pris le risque de quitter votre pays, cette ambition est votre force », a-t-il affirmé. 

Son parcours rappelle que la reprise d’entreprise est un défi, mais aussi une formidable opportunité pour celles et ceux qui osent franchir le pas. 

Vous êtes sur le point de finaliser une acquisition, ou vous venez tout juste de le faire et souhaitez échanger avec d’autres entrepreneur·e·s ? Rejoignez nos clubs dédiés aux repreneur·e·s en phase post-acquisition.